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L’exploitation … sans limites?

Corvéables à merci

 Source: FRA – Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne – 19 avril 2013

En Grèce…

strawberry-pickers-greeceDes formes graves d’exploitation du travail de travailleurs migrants sont une réalité aujourd’hui, en Europe et au vingt et unième siècle. Les formes extrêmes que peut revêtir cette exploitation ont été tragiquement illustrées cette semaine, lorsqu’en Grèce, les employeurs de migrants cueilleurs de fraises ont tiré sur ces derniers parce qu’ils avaient simplement demandé à être payés.

… et dans d’autres pays européens

« De façon répétée, nous constatons que des travailleurs vulnérables sont exploités pour en tirer un bénéfice économique. Nous l’avons vu avec les travailleurs migrants dans les champs de fraises, dans des exploitations où ils récoltent les asperges, dans les maisons où ils travaillent comme domestiques et dans de nombreux autres domaines », a déclaré le Directeur de la FRA, Morten Kjaerum. « Cette exploitation du travail a été qualifiée d’esclavage moderne et, effectivement, cette pratique est aussi horrible aujourd’hui qu’elle l’était dans des temps reculés. »


Du sang de travailleurs dans les neiges de Sotchi

Source: Internationale des travailleurs du bâtiment et du bois – 4 février 2014 (Extraits)

sotchi-reportage-16_4714349 « Il y a du sang dans les neiges de Sotchi et l’impunité de l’exploitation des travailleurs doit cesser. Les Jeux les plus coûteux de l’histoire sont aussi les plus meurtriers pour les travailleurs du bâtiment.  » C’est la forte critique que l’Internationale des travailleurs du Bâtiment et du Bois (IBB) a émise à l’endroit et du gouvernement russe et du Comité international olympique (CIO), alors que les Jeux olympiques d’hiver de 2014 ouvrent ce vendredi.

Ambet Yuson, secrétaire général de l’IBB dit: « Nous estimons que plus de 60 travailleurs sont morts à Sotchi . Les statistiques officielles de 2009 à 2011 ont révélé 71 accidents dont la moitié d’entre eux ont été fatal. Notre vérification sur place a révélé 20 décès dans la seule année 2010 alors qu’en 2012, 25 autres travailleurs ont perdu la vie. Pas plus tard que le 20 Novembre 2013 dernier, 1 travailleur est mort et deux ont été blessés dans le stade principal Fisht. Ce sont des coûts tragiques en vies humaines et l’impunité de l’exploitation des travailleurs dans les méga événements sportifs doit cesser ».

Salaires impayés, conditions de travail dangereuses, travail de12 heures ou plus, mauvaises conditions de logement, et travailleurs migrants victimes de traite, voilà le tableau de l’exploitation des travailleurs qui sera l’héritage de ces Jeux. Le 17 Octobre 2013, un travailleur de la construction russe du nom de Roman Kuznetsov s’est cousu la bouche en signe de protestation contre le non- paiement de ses salaires à Sotchi.

En novembre dernier, l’IBB et ses affiliés russes et serbes ont assisté au retour de 27 travailleurs migrants serbes victimes de traite et pratiquement laissés à eux-mêmes sans salaire, ni logement, ni documents. Ce cas n’est qu’un des nombreux exemples de la traite des travailleurs en provenance d’Asie centrale, d’Europe du Sud-est et de Turquie. A ce jour, 150 travailleurs ont été rapatriés grâce aux efforts des syndicats.


 Associations sportives internationales… irresponsables?

Yuson a en outre déclaré «cette exploitation en série aux Jeux olympiques et à la Coupe du monde n’a pas sa place de nos jours. Nous exhortons les Nations Unies et l’Organisation internationale du Travail à enquêter sur ces mauvaises pratiques et à tenir les gouvernements et les associations sportives internationales ainsi que leurs entrepreneurs-fournisseurs responsables de leurs actes « .

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Des milliers de travailleurs manifestent sur une grande avenue de São Paulo. ©Midia Ninja

Le syndicat mondial a noté que l’EURO 2012 de l’UEFA s’est tenu au détriment de la vie de 16 travailleurs ukrainiens et 4 polonais. Pour les Coupes du Monde de la FIFA, 7 vies ont été perdues au Brésil, et 5 autres dans les villes de Moscou, Saint-Pétersbourg et Kazan et récemment, le journal The Guardian a rapporté que 185 travailleurs migrants népalais sont morts au Qatar en 2013. Il a dénoncé l’ironie d’une grande sécurité et sûreté pour les athlètes et les spectateurs tandis que les travailleurs qui ont peiné pour construire les sites continuent de mourir dans des circonstances évitables.


 30 millions d’esclaves dans le monde

Selon une enquête de l’organisation Walk Free, plus de 30 millions de personnes dans le monde vivent dans des conditions d’esclavage. L’Inde arrive en tête (14 millions d’esclaves), suivie de la Chine (2,9 millions) et du Pakistan (plus de 2 millions).

Viennent ensuite le Nigeria, l’Ethiopie, la Russie, la Thaïlande, la République démocratique du Congo (RDC), la Birmanie et le Bangladesh.


Mondial 2022: les damnés de Doha

Source: Benjamin Barthe, envoyé spécial – le Monde – 18 octobre 2013

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Ses anciens compagnons de chambrée ne se souviennent plus de son nom de  famille. Tout juste se rappellent-ils qu’il se prénommait Perumal, qu’il avait la quarantaine et qu’il venait du sud de l’Inde. L’homme avait débarqué au mois de juin dans la pièce insalubre qui leur sert de dortoir, à Al-Khor, une localité du Qatar, balayée par le vent du désert. Tout l’été, il avait trimé à leurs côtés, onze heures par jour et six jours par semaine, sur l’un des chantiers qui prolifèrent dans cet émirat depuis qu’il s’est vu confier l’organisation de la Coupe du monde 2022. « Notre employeur avait refusé de nous accorder la pause qui est prévue par la loi entre 11 h 30 et 15 heures, durant les deux mois les plus chauds de l’année », où la température peut monter jusqu’à 50 °C, témoigne un ex-collègue.

L’aurait-il voulu, le charpentier du Kerala n’aurait pas pu changer d’emploi ou rentrer chez lui. Pilier de la vie économique du Qatar, le pays doté du PIB par habitant le plus élevé au monde (110 000 dollars par an), la règle du sponsor (kafala en arabe) interdit à tous les employés étrangers, y compris les Occidentaux, de rompre leur contrat sans l’aval d’un tuteur qui est souvent leur patron. En dépit de ces contraintes, qui confinent au travail forcé, Perumal se cramponnait aux rêves ordinaires des petites mains de la péninsule Arabique : faire vivre la famille restée au pays, revenir dans trois ou quatre ans avec un pécule suffisant pour marier une fille ou construire une maison.

Mais un jour de la mi-septembre, de retour du travail, ses camarades l’ont découvert prostré sur son lit, le corps roide. « Il s’était plaint de fièvre le matin et il avait renoncé à prendre le bus, raconte le chauffeur, responsable du transport des ouvriers jusqu’au site de construction. Je l’ai emmené à l’hôpital où on lui a administré un cachet, puis je l’ai ramené au camp et je suis reparti. Quand nous sommes revenus le soir, il était mort, foudroyé par une crise cardiaque. Une ambulance est venue le chercher et nous n’avons plus entendu parler de lui. »

Une mort presque anonyme, presque anodine. Chaque année, les travailleurs originaires d’Asie du Sud-Est, qui constituent 80 % des 2 millions d’habitants du Qatar, sont plusieurs centaines à le quitter dans un cercueil. Ils finissent leur vie dans le pays où ils croyaient en commencer une nouvelle, fauchés dans la force de l’âge par des conditions de travail harassantes. Les experts de la Confédération syndicale internationale (CSI), venus au début du mois à Doha, dans la foulée d’une enquête du quotidien britannique The Guardian présentant le Qatar comme un Etat esclavagiste, ont fait leurs calculs.


 

 

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