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Développement durable – Espagne : Marinaleda, un village 100% en autogestion

Source: Consoglobe – Janvier 2015

riviere-genil-andalousie-espagne-montagnes-00-banAu coeur de l’Andalousie, le village de Marinaleda fait figure d’exemple pour sa gestion et son administration basées sur l’économie sociale et solidaire. Ce village, fondé à l’issue de la dictature franquiste, n’a jamais cessé d’oeuvrer pour le bien-être de ses habitants. Visite au coeur d’un paradis terrestre en autogestion, où il fait bon vivre.

Autogestion : Marinaleda, un bout de terre Andalou qui ne connaît pas la crise

Marinaleda est une commune de la province de Séville située dans la comarque de Sierra sud de Séville, dans le bassin de Genil, en Andalousie. Sur une superficie de 24,8 km2 vit une population de 2778 habitants (selon le recensement de 2011).

Son économie repose essentiellement sur l’agriculture. Elle est connue pour son expérience sociale fondée sur une idéologie de gauche.

Carte-Marinaleda

Expérience dirigée par Juan Manuel Sánchez Gordillo, maire de la commune depuis 1979, la lutte ouvrière et paysanne organisée a permis d’atteindre un haut niveau de développement et quasiment le plein emploi pour tous les habitants.

Le développement d’un modèle économique alternatif au capitalisme a donné des résultats remarquables, y compris depuis le début de la crise en 2008.

 

 

 

Marinaleda : une démocratie participative pour de vrais pouvoirs

Maire-Juan-Manuel-Sanchez-Gordillo

Juan Manuel Sánchez Gordillo, maire de Marinaleda

Depuis la fin de l’ère franquiste, Marinaleda fonctionne en démocratie directe. En effet, en 1979 les villageois décident de s’attaquer à la mairie. Estimant quele pouvoir politique ne les représente pas et ne répond pas à leurs attentes, ils décident de se présenter aux premières élections municipales libres depuis la fin de la dictature.

Ils créent alors le Collectif Unitaire des Travailleurs (CUT), encore au pouvoir 35 ans après. Ainsi, Juan Manuel Sánchez Gordillo, maire de Marinaleda depuis plus de 30 ans, instaure une démocratie participative.

L’ensemble des décisions concernant le village, la politique, les budgets, les impôts, la coopérative etc. sont discutées et votées lors d’assemblées générales, auxquelles tous les villageois peuvent participer.

fleche- Marinaleda, un village 100% autogéréLe Maire estime que l’accord des habitants doit au minimum avoisiner les 80% pour être représentatif du sentiment de la population. A noter que ce dernier et les autres élus de la ville ne reçoivent aucune rémunération au titre de leur charge.

A noter qu’il n’y a pas de police à Marinaleda car il n’y a pas de délinquance.

Marinelada : se construire un havre de paix est à portée de tous

Maisons-Marinaleda

Maisons auto-construites à Marinaleda

Lors des assemblées participatives, les villageois ont adopté la proposition des maisons auto- construites. Cela afin de lutter contre les problèmes de logement et contre la spéculation immobilière.

Une fois la maison construite, les occupants s’acquittent de 15€ par mois pour rembourser l’investissement de l’Andalousie et du village. A noter que toute personne ayant vécu au minimum 1 an dans le village peut demander à la mairie une maison auto-construite.

 

 

Marinaleda : vivre d’une terre qui appartient à ses travailleurs

Pour les Miranalediens, la terre doit appartenir à ceux qui la travaillent. Dès le début des années 80, ils décident alors d’occuper une exploitation agricole de 1200 hectares nommée El Humoso. Cette dernière appartient au Duc de l’Infantado, grand propriétaire de 17 000 ha au total.

Pendant 10 ans, les habitants se battront pour que cette terre leur revienne. En 1991, le gouvernement andalou exproprie et rachète les 1200 ha du domaine et les donne au village Marinaleda, qui en fait une parcelle agricole collective.

Marinaleda

Marinaleda

La coopérative Humar-Marinaleda comprend aujourd’hui une conserverie, un moulin à huile, des serres, des équipements d’élevage ainsi qu’un magasin.

picto-etoile-paragraphe Marinaleda, un village 100% autogéréLes travailleurs produisent notamment des fèves, artichauts, poivrons et huile d’olive. Les bénéfices produits par la communauté ne sont pas redistribués mais réinvestis pour financer la création de nouveaux emplois ainsi que les divers services et équipements municipaux.

Le principe fondamental des Marinalediens : tenter de gérer leurs activités en essayant d’améliorer toujours plus les conditions de travail des ouvriers et offrir le plus d’emplois possible aux villageois

Marinaleda : tous les travailleurs gagnent 47€ par jour !

Le salaire de tous les travailleurs, et cela quel que soit leur poste, est de 47 euros par jour. A raison de 6h30 de travail quotidien aux champs et 8h quand il s’agit d’un poste à l’usine.

A noter que la moyenne du salaire dans le reste de l’Andalousie est de 30 à 35 euros par jour.

La plupart des élus politiques, qui ne perçoivent pas de salaire, travaillent à l’usine de conditionnement, et touchent donc le même salaire que leurs camarades, entre 1 100 et 1 200 € par mois.

Marinaleda : des services à portée de tous

La mairie de Marinaleda offre plusieurs services aux habitants, tous à des prix défiants toute concurrence :

  • Toutes les installations sportives sont gratuites, sauf la piscine (l’abonnement annuel coûte 3€)
  • Les habPiscineitants règlent seulement la moitié de leurs taxes d’habitation. Le reste est complété par la commune.
  • Un restaurant communal, dit « syndicat » propose une restauration très bon marché, subventionnée par la mairie. Un plat coûte 1€ au consommateur.
  • L’eau potable est distribuée à la population par une régie communale. Le montant à payer ? 5€ par mois. Un prix inchangé depuis l’année 1979.
  • La crèche coûte 12€/mois pour un enfant, nourriture comprise.

La mairie a créé une chaîne de télévision locale et associative où les habitants peuvent s’exprimer et la population est invitée à se servir des murs pour s’exprimer graphiquement.

Marinaleda : quid du futur du village ?

Marinaleda-1

La question de la transmission du système à la jeune génération de Marinaleda est un sujet important pour ce village, et sera dans quelques années un enjeu majeur pour sa pérennité.

Mais les jeunes de 25 ans qui n’ont pas connu les luttes de leurs parents, et qui prennent ce système pour acquis n’ont pas toujours conscience de l’importance de la participation citoyenne dans son fonctionnement.

Bien que beaucoup soient affiliés au SAT, comme leurs parents, ils ne s’impliquent plus au quotidien. Mais le renouvellement générationnel n’est pas le seul problème : le départ de Juan Manuel Sánchez Gordillo, son maire et leader depuis 1979 et la crise économique qui touchent l’Espagne sont aussi des questions préoccupantes pour l’avenir du village.

Bien que beaucoup soient affiliés au SAT, comme leurs parents, ils ne s’impliquent plus au quotidien. Mais le renouvellement générationnel n’est pas le seul problème : le départ de Juan Manuel Sánchez Gordillo, son maire et leader depuis 1979 et la crise économique qui touchent l’Espagne sont aussi des questions préoccupantes pour l’avenir du village.

Et vous que vous inspire Marinaleda ? Est-ce un village dans lequel vous pourriez et aimeriez vivre ?

Certains critiques disent que le progrès économique et social de Marinaleda est en grande partie dû au fait que près de 80 % du revenu reçu par la ville provient de transferts d’argent issus d’administrations centrales telles que l’état, la communauté autonome d’Andalousie ou la députation de Séville.

Mais Marinaleda reçoit moins que la moyenne des municipalités de l’Andalousie (en 2011, elle a reçu environ 6,61 % de moins que la moyenne régionale).

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