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Un chemin «commun» pour la révolution au XXIe siècle

Source: Joseph Confavreux et Laurent Mauduit – Mediapart – 4 juin 2014

Le philosophe Pierre Dardot et le sociologue Christian Laval dessinent les contours de la « révolution au XXIe siècle ». Celle-ci serait fondée sur le principe politique du commun, qui «désigne non la résurgence d’une idée communiste éternelle, mais l’émergence d’une façon nouvelle de contester le capitalisme».

Dans leur nouvel ouvrage, le philosophe Pierre Dardot et le sociologue Christian Laval cherchent à dessiner rien de moins que les contours de la « révolution au XXIe siècle ». Celle-ci serait fondée sur le principe politique du commun, qui « désigne non la résurgence d’une idée communiste éternelle, mais l’émergence d’une façon nouvelle de contester le capitalisme, voire d’envisager son dépassement».

« Le commun constitue la nouvelle raison politique qu’il faut substituer à la raison néolibérale », écrivent le sociologue Christian Laval et le philosophe Pierre Dardot dans leur ouvrage, Commun – Essai sur la révolution au XXIe siècle (Éditions La Découverte, mars 2014, 400 pages, 24€). Les auteurs de La Nouvelle Raison du monde (2009) et de Marx, prénom : Karl (2012) livrent un volumineux ouvrage, fruit d’un séminaire de plusieurs années, pour cerner les origines, les contours et les potentialités de ce « principe politique » qu’est le commun.

Celui-ci, sous leur plume, se distingue de ce qu’on désigne d’habitude par les « biens communs », entendus soit comme les choses relevant du domaine public, soit comme ce qui, comme l’air ou l’eau, serait inappropriable. « Il y a dans la société des façons collectives de s’accorder et de créer des règles de coopération qui ne sont pas réductibles au marché et au commandement étatique », écrivent les auteurs. Les communs ne sont pas tant à définir comme des « choses » physiques qui préexisteraient aux pratiques, ou des domaines naturels auxquels on appliquerait de surcroît des règles, « que comme des relations sociales entre des individus qui exploitent certaines ressources en commun, selon des règles d’usage, de partage ou de coproduction ».

Pour Dardot et Laval, la perspective d’une réforme « rooseveltienne » du capitalisme, le renforcement des prérogatives de l’État, ou encore la protection du monde par « l’établissement d’une sorte de réserve de « biens communs naturels » (terre, eau, air, forêts, etc.) miraculeusement préservés de l’expansion indéfinie du capitalisme », sont des espérances illusoires. Tout cela est insuffisant face à la menace que fait peser sur la vie même l’extension infinie de la raison néolibérale.

Plutôt que de combattre cette raison néolibérale par l’envers tout aussi dangereux pour l’humanité que serait la nostalgie du communisme étatique, Laval et Dardot pensent possible de faire du « commun » un réarmement des sociétés. Fondé sur l’autogouvernement et la collaboration autour de ressources et de pratiques collectives, le commun constitue, pour eux, la possibilité d’une « révolution au XXIe siècle ».

Le livre est d’abord un repérage des luttes qui, depuis plusieurs années déjà, font de l’extension du commun leur revendication principale, par exemple autour des combats pour le gouvernement de l’accès à l’eau, sur des territoires aussi différents que l’Italie ou la ville de Cochabamba, en Bolivie. Il constitue aussi une généalogie des manières trompeuses ou édulcorées dont les biens communs ont parfois été envisagés. Il propose ainsi une véritable philosophie de l’autogouvernement et des façons possibles d’instituer le commun en créant des communautés qui ne soient pas fondées sur l’appartenance ou l’identité, mais sur la co-activité et la mise en œuvre de pratiques visant à gérer ensemble les ressources disponibles.

Ce livre a surtout l’originalité de se conclure avec un ensemble de « propositions politiques », qui ne dessinent pas un programme électoral, mais bien une perspective pour imaginer des « forces sociales, des modèles alternatifs, des modes d’organisation et des concepts qui pourraient laisser espérer un au-delà du capitalisme ».


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