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Fonte du Groenland et instabilité de l’Antarctique

+3 °C: portrait d’une planète en surchauffe (4)

Source: Michel de Pracontal – Mediapart – 11 novembre 2015

L’objectif affiché de la COP21 est de maintenir la température globale de la planète à un maximum de +2 °C par rapport à la moyenne pré-industrielle. On en est loin. Si l’on s’en tient aux annonces des États, on se dirige vers +3 °C, ou plus. À ce niveau, les conséquences seront catastrophiques.

La fonte des calottes polaires, dont presque toute l’eau aboutit dans les océans, est le facteur prépondérant de la hausse du niveau des mers et donc du risque d’inondations. « La glace de mer de l’Arctique, la calotte du Groenland et une partie des glaces de l’ouest de l’Antarctique fondent de manière inexorable, même si l’on connaît mal les échelles de temps, dit le glaciologue Éric Rignot, de l’université de Californie à Irvine, auteur d’un article démontrant l’accélération de la fonte des calottes polaires. Et j’observe que cela progresse beaucoup plus rapidement que ce que prévoient les modèles. Le niveau des mers monte déjà trois fois plus vite qu’en 1900, pour deux tiers à cause de la fonte des glaces, et la tendance va s’accentuer. »

Rignot estime qu’au rythme actuel, le niveau des mers pourrait augmenter de 30 centimètres d’ici 2050, nettement plus que les estimations du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). D’après ce dernier, la poursuite du réchauffement « au-dessus d’un certain seuil pourrait conduire à la perte presque complète de la calotte glaciaire du Groenland en un millénaire ou plus, entraînant une hausse moyenne du niveau des mers de 7 mètres ». Le seuil serait au-dessus de 1 °C de réchauffement et en dessous de 4 °C, et risque donc fortement d’être franchi si l’on dépasse la limite des 2 °C.

D’autres études, dont la plus récente vient de paraître dans PNAS, montrent que la calotte de l’Antarctique ouest pourrait disparaître par suite de la fonte des glaces sur la côte. Les auteurs de cette recherche, Johannes Feldmann et Anders Levermann, du Potsdam Institute for Climate Research (Allemagne), évaluent l’élévation consécutive du niveau de la mer à plus de 3 mètres dans un délai compris entre deux siècles et un millénaire.

Ce processus serait accéléré par un réchauffement de plus de 2 °C. Selon le dernier rapport du Giec, les glaces de l’Antarctique feraient monter les océans de 1 à 3 mètres d’ici 2300 dans un scénario d’émissions se poursuivant sur la tendance actuelle.

Si la fonte d’une grande partie des glaces polaires est désormais inévitable, il existe de grandes incertitudes sur les échelles de temps du phénomène et donc sur la vitesse à laquelle le niveau des mers va s’élever. Mais il est certain que si le réchauffement augmente, la fonte sera plus rapide. Et le mécanisme de déstabilisation de l’Antarctique, sur lequel il existe encore des inconnues, serait précipité par un réchauffement de 3 °C ou plus.

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Les glaces du Groenland, en voie de disparition © Eric Rignot

Un autre phénomène peut entrer en ligne de compte : la circulation méridionale de l’Atlantique (AMOC en anglais), qui transporte des eaux chaudes de l’Atlantique équatoriale vers le nord, tandis que des eaux profondes de l’Atlantique nord vont vers l’équateur et les autres bassins océaniques. Il existe un risque que cette circulation, qui équilibre la répartition d’énergie entre les tropiques et le nord, soit freinée ou même interrompue.

« Le ralentissement des grandes masses d’eau océaniques entraînerait une accumulation d’énergie en profondeur et un réchauffement de l’océan autour de l’Antarctique, explique Valérie Masson-Delmotte, paléoclimatologue au CEA. Il en résulterait une déglaciation accélérée, et cela pourrait entraîner un cercle vicieux qui amplifierait la fonte des glaces. »

Une question non résolue est l’effet sur la circulation océanique de l’eau douce libérée par la fonte des glaces. Dans le scénario de Hansen évoqué plus haut, l’océan réagit très fortement à l’eau douce, ce qui peut stopper la circulation des grandes masses d’eau et accélérer la montée du niveau des mers. Il n’y a pas de consensus sur ce point, mais il est certain qu’un arrêt de l’AMOC aurait des conséquences très importantes, notamment une élévation supplémentaire du niveau des mers dans l’Atlantique nord.

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