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Le changement climatique aggrave l’extrême pauvreté dans le monde

Source: Laetitia Van Eeckhout – Le Monde – 8 novembre 2015

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Un bateau dans le lit de l’Amazonie, à Manaus. BRUNO KELLY /REUTERS

Sans mesures immédiates de réduction des émissions de gaz à effets de serre conjuguées à des politiques de développement « solidaire et durable », plus de 100 millions de personnes supplémentaires pourraient basculer dans l’extrême pauvreté à l’horizon 2030. A trois semaines de la COP 21, la Banque mondiale vient rappeler aux Etats le caractère indissociable de la lutte contre le réchauffement de la planète et du combat contre la pauvreté dans un rapport publié dimanche 8 novembre.

« Les plus pauvres sont non seulement plus exposés mais ils perdent beaucoup plus quand ils sont frappés par un choc climatique, souligne Stéphane Hallegatte, économiste à la Banque mondiale qui a dirigé l’équipe à l’origine de ce rapport. Car leur patrimoine, qui se résume souvent à du bétail ou à leur logement, peut être complètement détruit lors d’un choc. » Dépendant de revenus tirés de l’agriculture et consacrant une large part de leur budget à l’alimentation, ces ménages ressentent d’autant plus les impacts des mauvaises récoltes, ou de la hausse des prix alimentaires induits par les sécheresses. Ils sont aussi plus sévèrement touchés par les maladies favorisées par le changement climatique, telles la diarrhée ou le paludisme. Or ces ménages les plus démunis sont généralement non couverts par une assurance maladie et n’ont pas un matelas d’économies suffisamment épais pour amortir les chocs importants.

Face à cette spirale, la Banque mondiale appelle à un renforcement des systèmes de protection sociale, qui lors d’une catastrophe peuvent faire office d’assurance auprès des ménages les plus vulnérables. A la suite du typhon Yolanda en 2013, les Philippines ont ainsi mobilisé un programme spécifique de subventions aux plus pauvres. Après une catastrophe, la rapidité de l’aide et son ciblage sont en effet essentiels pour éviter les effets irréversibles sur la santé des enfants et la vente en catastrophe et à bas prix d’actifs comme le bétail.

Dans le même temps, la Banque mondiale insiste sur la nécessité d’une « offensive » conjointe contre les émissions de gaz à effet de serre « pour écarter la menace à long terme que représente le changement climatique sur la réduction de la pauvreté ». « Si on n’agit pas dès à présent, les effets après 2030 seront beaucoup importants », plaide Stéphane Hallegatte.

Les politiques climatiques peuvent en soi constituer un levier de ressources pour financer les programmes de protection sociale ou de développement. « Une taxe carbone, même modeste, à 10 dollars la tonne, permettrait d’intensifier considérablement, de 50 %, la protection sociale. Ou de financer d’autres investissements (comme l’accès à l’eau, à l’assainissement ou à l’énergie moderne) qui profitent aux gens pauvres », fait valoir la Banque mondiale.

« Les politiques de réduction des émissions doivent protéger et même profiter aux gens pauvres », plaident les auteurs du rapport. En Indonésie, les revenus tirés de la baisse des subventions aux énergies fossiles ont été réinvestis dans la création d’une aide financière aux 30 % de personnes les plus pauvres : 30 dollars par trimestre « qui, pour ces personnes, fait plus que compenser le renchérissement de l’énergie, celles-ci en utilisant peu », souligne Stéphane Hallegatte.

Dans certains pays à bas revenus cependant, relève la Banque mondiale, le soutien de la communauté internationale sera « essentiel », « surtout pour les investissements présentant un coût initial élevé mais qui sont urgents pour empêcher toute irréversibilité et tout enfermement dans un développement très carboné ».

« Les fonds dédiés au climat doivent contribuer à la réduction de la pauvreté », insiste Stéphane Hallegatte rappelant que le déficit de financements des infrastructures dans les pays en développement s’élève à quelque 1 000 milliards de dollars par an. Une somme bien supérieure aux 100 milliards de dollars annuels (88 milliards d’euros) promis en 2009 à Copenhague par les pays développés pour aider les pays en développement à faire face au dérèglement climatique, et dont la mobilisation fait encore l’objet de discussion à l’approche de la COP 21.
Lire aussi : « La COP21 ne pourra pas ignorer la question de la faim »

 

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